Biodiversité, Espèces protégées, Natura 2000

Comment aménager un parc d’activités en zone Natura 2000 ?

“Petites fleurs contre emplois” : fin de partie à Méron.

Photo : Stéphane Guibert

Photo : Stéphane Guibert

 Sous la pression associative, les élus saumurois ont admis que le développement économique et la préservation de l’environnement sont conciliables dans une démarche globale.

A l’extrême sud-est du département, sur la commune de Montreuil Bellay, s’étend la vaste Champagne de Méron. Ce territoire conjugue des enjeux environnementaux majeurs bien que peu spectaculaires pour le grand public.

Ce territoire est riche d’une biodiversité exceptionnelle, d’abord pour sa population d’oiseaux de plaine (busards cendrés, oedicnèmes criards et les fameuses outardes canepetières). Cela a justifié la délimitation d’une zone Natura 2000 en 2006.

L’enjeu biodiversité est également majeur du fait de la flore des zones de pelouse sèche, remarquable par ses associations végétales et par ses espèces protégées, repérées de longue date par les experts naturalistes.

Le dernier enjeu est peut être le plus discret, puisqu’il s’agit d’une ressource en eau souterraine naturellement pure mais vulnérable du fait de son implantation sur des terrains karstiques : exploitée pour l’alimentation en eau potable du secteur au captage de Fontaine Bourreau, elle constitue une des rares ressources alternatives à la Loire du département.

Quand l’Etat ferme les yeux

Depuis des années, nous assistions à un scénario insoutenable d’aménagement et de gestion de ce territoire, véritable non-sens au coeur d’un Parc Naturel Régional. L’extension massive de la zone industrielle sur une ZNIEFF de type 1, avec destruction d’espèces végétales protégées, avait déjà motivé une intervention vigoureuse de la Sauvegarde en 2005. Cette extension s’était faite sans que l’Etat exige, comme il aurait dû, la remise à niveau environnementale de la partie ancienne, implantée sur les bases d’un ancien camp militaire américain, avec une gestion des eaux pluviales obsolète et dangereuse pour la qualité de l’eau du captage proche.

Ainsi, deux pollutions graves (bentazone et solvants chlorés) avaient conduit à déroger temporairement aux normes, puis à mettre en service un traitement, dont les limites techniques et le coût financier réduisent de moitié la capacité de production d’eau potable.

Les dossiers examinés au CODERST montraient toujours une prise en compte très sommaire des sensibilités du site : projets industriels présentés avec une évaluation environnementale insuffisante, projet de périmètre de protection du captage admettant l’épandage de boues de station d’épuration industrielle sur la zone Natura 2000, au risque d’accélérer encore l’intensification constatée des cultures, notamment de melons, qui menacent directement la biodiversité et la qualité des eaux…

Tous les indicateurs montraient la nécessité d’une prise de position associative forte pour espérer voir la tendance s’inverser. Au cours de l’année 2009, la Sauvegarde de l’Anjou, en lien avec son association membre LPO, a multiplié les initiatives pour que l’environnement soit enfin traité sérieusement et dans toutes ses dimensions : rencontre des services de l’Etat et des élus, participation au comité de concertation, interventions fortes au CODERST, courriers aux collectivités territoriales comme aux industriels pour leur indiquer les carences des projets, mobilisation de nos experts naturalistes, échanges avec l’association communale de protection de l’environnement…

Notre détermination pour la Champagne de Méron ne pouvait plus être ignorée.

Le permis de construire de trop

Dans ce contexte, la délivrance par le maire de Montreuil-Bellay d’un permis de construire pour un entrepôt logistique classé Seveso II montrait que les collectivités territoriales entendaient poursuivre leurs projets sans les amender et obligeait la Sauvegarde de l’Anjou à déposer un recours en annulation au Tribunal Administratif de Nantes.

Les élus ont compris depuis qu’ils ne pouvaient opposer environnement et emploi, que la concertation feinte n’était plus de mise, qu’il fallait réaliser l’étude faune-flore approfondie que nous avions demandée un an plus tôt : sortir par le haut de cette situation de blocage devenait une possibilité crédible.

Cette étude botanique et faunistique, conduit logiquement à un re-lotissement de la zone pour épargner au maximum la flore et limiter les demandes de dérogation. Il faudra évaluer les mesures pour éviter de troubler la faune, définir les compensations s’il y a destructions ou perturbations, prendre les mesures pour ne pas risquer de polluer la nappe, etc. Il faudra écrire la méthodologie à mettre en oeuvre avec précision ainsi que la façon de vérifier, ensuite, que ces mesures sont efficaces et bien respectées. D’autres préoccupations suivront :

– la mise en oeuvre des mesures du périmètre de protection du captage, soumises à une clause de revoyure ;

– l’examen des dossiers industriels,

– la finalisation du DOCOB de la zone Natura 2000.

Mais il faut espérer que tout ce temps passé et cet investissement associatif vont permettre d’en finir à Saumur avec une attitude inacceptable vis-à-vis de l’environnement et de refus d’écouter les associations de la part d’élus de collectivités locales. 

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